Et si la traite des êtres humains était moins une forme contemporaine de la violence qu’une catégorie de l’action publique aux effets ambivalents ? C’est la thèse de Milena Jakšić : la lutte contre la traite consacre une figure de « bonne » victime au détriment de celles qui ne s’y conforment pas.
L’histoire populaire de la France que conte Michelle Zancarini-Fournel est celle de figures individuelles et de combats politiques souvent occultés. Comblant nos « failles mémorielles », elle suggère aussi une autre narrativité.
Peuple jeune contre vieux pays décadents, religion contre raison, esprit contre matérialisme : les relations entre la Russie et l’Occident font fleurir les clichés. En rappelant comment les idées circulent, une anthologie montre l’Europe au miroir russe, de Pierre le Grand à Vladimir Poutine.
L’inflation carcérale que nous connaissons en France est moins le signe d’une hausse de la criminalité que d’une sensibilité accrue de notre société à l’égard de certaines déviances. L’acte punitif s’en trouve ainsi radicalement transformé.
Qui vote pour le Front National ? Pas forcément les « exclus ». Une enquête menée à Avignon pendant les élections régionales de 2015 révèle le profil socialement contrasté des électeurs frontistes. Si le FN profite surtout de l’abstention, il resterait impopulaire dans les milieux populaires...
Les paléontologues distinguent cinq périodes au cours desquelles les espèces animales ont disparu en masse. La sixième, celle de l’extinction de l’homme, est-elle arrivée ? La question nous ramène en tout cas à la fragilité de nos conditions de vie. À bon entendeur, salut !
Des collaborateurs de Vichy exilés au Canada ? Après la guerre, des criminels français trouvèrent refuge sur les rives du Saint-Laurent, où prospéra une singulière pépinière royaliste et anti-républicaine.
De Hobbes, on a l’habitude de brosser un tableau sans nuance : son œuvre justifierait l’absolutisme le plus terrible, sa théorie politique serait le comble de l’immoralité. Cette lecture, explique L. Foisneau, est injuste.
Définir les réfugiés s’intéresse à la nature des catégories de réfugié, de migrant et de demandeur d’asile invoquées pour gérer les flux migratoires. Dans cet entretien, Michel Agier présente l’ouvrage et montre comment cette classification s’oppose au caractère absolu du principe d’asile.
Selon la nouvelle loi sur le don d’organes, nous devons avoir explicitement refusé d’être donneur pour que nos organes ne soient pas prélevés à notre mort. Mais peut-on ainsi présumer le consentement ? Quels sont les présupposés philosophiques d’une telle loi ?
Depuis deux siècles, le monde s’est fortement enrichi et a vu la santé de sa population s’améliorer. Mais cette rupture historique ne doit pas masquer les grandes inégalités d’accès au développement entre les pays, nous rappelle le prix Nobel d’économie Angus Deaton.
Traditionnellement associé aux études littéraires, le style devient une référence indispensable pour parler des pratiques contemporaines de communication. Marielle Macé propose ici d’appeler « style » certaines formes d’expérience de vie. Aux dépens de la stylistique ?
La diplomatie multilatérale favorise-t-elle l’égalité entre États ? À partir d’une comparaison entre l’ONU et de l’OTAN, Vincent Pouliot montre que la scène internationale est structurée par des logiques hiérarchiques dont les diplomates peinent à s’extraire.
Enzo Traverso étudie ce qu’il tient pour une « tradition cachée » de la pensée de gauche : la mélancolie, dont le désenchantement provoqué par l’effondrement de l’URSS est la dernière figure. Panthéon des vaincus, leçon des défaites ou réflexivité salvatrice ?
Deirdre McCloskey a formulé une critique puissante de la rhétorique économique. À l’occasion de la traduction française d’un de ses ouvrages, François Facchini revient sur ses travaux pour éclairer les débats actuels autour de la scientificité de l’économie.
Après avoir fait la guerre aux pauvres, les États-Unis l’ont déclarée aux criminels. Une histoire des politiques pénales depuis 1960 saisit la genèse intellectuelle et politique du traitement punitif souvent réservé aux membres des minorités.
L’interpellation violente de Théo à Aulnay-sous-Bois révèle les limites d’une police prompte à cibler certaines catégories de la population. Elle montre aussi que ces déviances policières ont des sources structurelles, largement ignorées par le Ministère de l’Intérieur.
De Nalkowska à Milosz, nombreux sont les écrivains polonais à avoir évoqué la Shoah. Leurs « textes-témoins », qui mettent en lumière l’expérience des victimes juives et l’attitude des Polonais, soulignent aussi le rôle de la poésie dans la littérature polonaise.
À partir d’une histoire des entreprises dans les colonies françaises d’Afrique du Nord, Samir Saul prend le contrepied d’une interprétation encore dominante qui rapporte la décolonisation à la baisse des profits des activités françaises dans ces colonies.
Tout revenu de base n’est pas bon à prendre. Ariel Kyrou et Yann Moulier Boutang, rédacteurs de la revue Multitudes, militent ici pour l’instauration d’un revenu inconditionnel et suffisant qui, en donnant un nouveau sens au travail, participe à la construction d’une société contributive.
La cour constitutionnelle est-elle une instance démocratique ? Non, répond J. Waldron, qui considère que le pouvoir judiciaire n’a pas à se substituer aux citoyens pour déterminer leurs droits. Mais sa conception de la séparation des pouvoirs est-elle encore d’actualité ?
Le ghetto noir n’a cessé d’attirer l’attention des chercheurs et de la société américaine. Revenant sur le parcours intellectuel de plusieurs de ses penseurs, l’ethnographe Mitchell Duneier saisit la sédimentation de ses significations. Une entreprise d’histoire intellectuelle, politique et sociale.
D. Miller défend une position tranchée en matière d’immigration : les États ont le droit de fermer leurs frontières, mais aussi, dans une certaine mesure, le devoir d’accueillir les réfugiés. Ses arguments cependant peinent à convaincre.
Comment lire et mesurer les opinions politiques exprimées sur les réseaux sociaux ? Le politiste Julien Boyadjian tente de répondre en dressant le profil sociologique des « twittos politiques ».
Le quinquennat qui s’achève entendait donner la priorité à la jeunesse. Qu’en est-il ? L’analyse comparative des politiques de l’éducation et de l’emploi à destination des jeunes en Europe conduit Tom Chevalier à un constat sombre : encore aujourd’hui les jeunes français se voient refuser une pleine citoyenneté socioéconomique.
Dumping juridique généralisé, droits de propriété monstrueux : échappant largement au droit, les entreprises ont su le détourner à leur profit, explique le juriste J.-P. Robé, qui plaide pour la réglementation juridique de ces formes inédites du pouvoir privé. Mais la mondialisation le permet-elle ?
Qu’est-ce qu’une enquête philosophique ? Claudine Tiercelin, professeur au Collège de France, discute des mécanismes d’acquisition et de révision de nos croyances et montre qu’en métaphysique comme en politique, la notion de vérité nous est indispensable.
Gregory Mann retrace l’histoire de l’État au Sahel, entre imaginaire précolonial, structures coloniales et conflits postcoloniaux. À force de déléguer ses responsabilités à des organismes internationaux et à des ONG, celui-ci aurait hypothéqué sa souveraineté.
Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser a suscité en France de vives discussions. Que peut-on en tirer pour une réflexion sur les méthodes en sciences sociales et les termes du débat scientifique ?
Cet automne dans nos pages, Clément Cadoret taxait d’irréalisme les propositions de revenu universel. Économiste et président de l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence, Marc de Basquiat lui répond en détaillant la logique et les paramètres du LIBER, variante du revenu de base pour laquelle il plaide.
Dans un recueil d’articles mêlant analyse et féminisme, l’historienne américaine Abigail Solomon-Godeau critique l’esthétisme du discours muséal, et les canons photographiques qu’il impose aux artistes.
Nos frontières sont-elles démocratiques ? Il n’y a pas de démocratie sans demos, et celui-ci suppose des limites clairement définies. Mais elle est aussi un mouvement d’extension des droits qui milite pour la reconnaissance d’un droit de cité aux étrangers.
Dans un ouvrage documenté et limpide, Robert J. Gordon retrace le progrès économique aux États-Unis depuis 1870. La croissance soutenue de la productivité et du niveau de vie semble s’être épuisée depuis 1970 : la révolution numérique pourrait à cet égard n’être que mirage.
Les transformations de la société allemande et de l’Europe se lisent à même les rues de Berlin. Champ de ruines en 1945, c’est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées d’Europe. Un petit ouvrage revient sur ce qui fait d’elle une capitale d’exception.
En faisant de la différence sexuelle une donnée naturelle, Hegel légitime-t-il la domination masculine ? Ses thèses sur la lutte pour la reconnaissance constituent au contraire un outil critique précieux pour le féminisme contemporain, nous dit J.-B. Vuillerod.
À partir d’un « événement infime », l’exécution de deux traîtres de la vallée d’Aoste en 1943, Sergio Luzzatto livre une vaste fresque d’histoire et de mémoire de la Résistance, sur fond de chasse aux Juifs, de délation, et de guerre civile.
Nicolas Sarkozy avait placé en 2007 l’identité nationale au cœur de sa campagne. Mais l’idée est apparue beaucoup plus tôt dans le discours politique : dans les années 1980, le gouvernement socialiste en avait fait le pivot de sa politique culturelle.
Les monothéismes d’aujourd’hui seraient-ils moins tolérants que les divinités païennes ? Jetant le pavé antique dans la mare moderne, l’essai de Maurizio Bettini conduit à s’interroger sur les différents modes de croyance, de l’Antiquité à nos jours.
Un recueil documenté rassemble désormais une centaine d’articles de Jean Starobinski sur la littérature et les arts. Il rappelle la place majeure qu’occupe dans le paysage critique des 70 dernières années une œuvre qui ne cesse d’entrevoir et de susciter des correspondances.
Face à l’imminence d’une rupture franche avec l’Union européenne, Laurent Warlouzet montre que la relation complexe que le Royaume-Uni entretient avec l’Europe est davantage le fruit de coopérations stratégiques, au gré des aléas de l’histoire, que d’un isolationnisme « naturel ».