Qu’est-ce que l’écoféminisme ? Une anthologie présentée par Émilie Hache introduit le lectorat français à ce courant de pensées très divers, qui s’attache à penser le lien entre nature et féminisme loin de tout essentialisme.
L’omniprésence du terme « populisme » dans le débat public ne souligne que trop son ambiguïté sémantique et idéologique. Prétention à incarner à soi seul la volonté populaire, il est à la fois, pour J.-W. Müller, le reflet d’institutions politiques en crise, et une menace pour la démocratie.
Près d’un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, l’historienne Odile Moreau remet la Turquie au centre, et souligne l’importance de ce conflit pour le destin turc. Si l’Empire ottoman est entré en guerre aux côtés de l’Allemagne, c’est en effet la République de Turquie qui en sortira.
Comment s’est pensée la modernité des universités françaises ? Deux ouvrages collectifs se penchent sur les réformes qui, après Mai 68, ont façonné un système universitaire « à échelle humaine », marqué pourtant par des divisions et des effets de hiérarchie.
Les groupes d’intérêt interagissent constamment avec les élus et les partis politiques. Sont-ils pour autant si influents, notamment en période de campagne électorale ? Un ouvrage de politistes et de sociologues montre qu’en France pas plus qu’ailleurs, les lobbies ne font l’élection.
Jeu d’ombre et de lumière, The Coal Nation apporte une vision contrastée de l’exploitation du charbon en Inde. Exploité et traité dans les régions les plus marginalisées du pays, le charbon est lourd d’enjeux économiques, humains et écologiques.
Lors des débats sur le Pacs, des intellectuels ont invoqué le structuralisme pour défendre une certaine idée de la famille, de la République et de la culture. Historienne des idées, Camille Robcis montre comment les concepts savants peuvent être mis au service de la réforme sociale, mais aussi de l’exclusion et de la hiérarchisation.
Quand le discours dominant insistait sur l’infériorité biologique et culturelle innée des Noirs, W. E. B. Du Bois s’attachait à révéler les sources économiques et sociales des inégalités raciales. Un récent ouvrage nous invite à réévaluer son rôle dans la naissance des sciences sociales états-uniennes.
Adorno n’est pas seulement ce philosophe resté célèbre pour avoir fondé la Théorie critique. C’est aussi un sociologue dont il faut sans doute réévaluer l’apport, et notamment l’opposition radicale au positivisme.
En s’intéressant à l’Arctique, une des zones les plus polluées de la Russie, Andy Bruno réintègre la question de l’environnement à l’histoire russe du 20e siècle et montre comment le moment soviétique s’insère, inversement, dans le récit de l’anthropocène.
Depuis le Shoah de Claude Lanzmann, on croyait l’extermination des Juifs d’Europe irreprésentable au cinéma. Le Fils de Saul a remis en cause ce présupposé. Les partis pris esthétiques et narratifs de cette fiction posent pourtant problème.
Les objets qui nous entourent continuent-ils d’exister lorsque nous avons le dos tourné ? C’est ce que nous pensons spontanément. Mais quelle est l’origine de cette croyance, qui selon Étienne Bimbenet construit notre humanité ?
Le regard de la société change sur ses déchets. Entre usages et réemplois, un ouvrage collectif se penche sur ces transformations de nos modes de consommation et de production.
Et si la traite des êtres humains était moins une forme contemporaine de la violence qu’une catégorie de l’action publique aux effets ambivalents ? C’est la thèse de Milena Jakšić : la lutte contre la traite consacre une figure de « bonne » victime au détriment de celles qui ne s’y conforment pas.
L’histoire populaire de la France que conte Michelle Zancarini-Fournel est celle de figures individuelles et de combats politiques souvent occultés. Comblant nos « failles mémorielles », elle suggère aussi une autre narrativité.
Peuple jeune contre vieux pays décadents, religion contre raison, esprit contre matérialisme : les relations entre la Russie et l’Occident font fleurir les clichés. En rappelant comment les idées circulent, une anthologie montre l’Europe au miroir russe, de Pierre le Grand à Vladimir Poutine.
L’inflation carcérale que nous connaissons en France est moins le signe d’une hausse de la criminalité que d’une sensibilité accrue de notre société à l’égard de certaines déviances. L’acte punitif s’en trouve ainsi radicalement transformé.
Les paléontologues distinguent cinq périodes au cours desquelles les espèces animales ont disparu en masse. La sixième, celle de l’extinction de l’homme, est-elle arrivée ? La question nous ramène en tout cas à la fragilité de nos conditions de vie. À bon entendeur, salut !
Des collaborateurs de Vichy exilés au Canada ? Après la guerre, des criminels français trouvèrent refuge sur les rives du Saint-Laurent, où prospéra une singulière pépinière royaliste et anti-républicaine.
De Hobbes, on a l’habitude de brosser un tableau sans nuance : son œuvre justifierait l’absolutisme le plus terrible, sa théorie politique serait le comble de l’immoralité. Cette lecture, explique L. Foisneau, est injuste.
Depuis deux siècles, le monde s’est fortement enrichi et a vu la santé de sa population s’améliorer. Mais cette rupture historique ne doit pas masquer les grandes inégalités d’accès au développement entre les pays, nous rappelle le prix Nobel d’économie Angus Deaton.
Traditionnellement associé aux études littéraires, le style devient une référence indispensable pour parler des pratiques contemporaines de communication. Marielle Macé propose ici d’appeler « style » certaines formes d’expérience de vie. Aux dépens de la stylistique ?
La diplomatie multilatérale favorise-t-elle l’égalité entre États ? À partir d’une comparaison entre l’ONU et de l’OTAN, Vincent Pouliot montre que la scène internationale est structurée par des logiques hiérarchiques dont les diplomates peinent à s’extraire.
Enzo Traverso étudie ce qu’il tient pour une « tradition cachée » de la pensée de gauche : la mélancolie, dont le désenchantement provoqué par l’effondrement de l’URSS est la dernière figure. Panthéon des vaincus, leçon des défaites ou réflexivité salvatrice ?
Après avoir fait la guerre aux pauvres, les États-Unis l’ont déclarée aux criminels. Une histoire des politiques pénales depuis 1960 saisit la genèse intellectuelle et politique du traitement punitif souvent réservé aux membres des minorités.
De Nalkowska à Milosz, nombreux sont les écrivains polonais à avoir évoqué la Shoah. Leurs « textes-témoins », qui mettent en lumière l’expérience des victimes juives et l’attitude des Polonais, soulignent aussi le rôle de la poésie dans la littérature polonaise.
À partir d’une histoire des entreprises dans les colonies françaises d’Afrique du Nord, Samir Saul prend le contrepied d’une interprétation encore dominante qui rapporte la décolonisation à la baisse des profits des activités françaises dans ces colonies.
La cour constitutionnelle est-elle une instance démocratique ? Non, répond J. Waldron, qui considère que le pouvoir judiciaire n’a pas à se substituer aux citoyens pour déterminer leurs droits. Mais sa conception de la séparation des pouvoirs est-elle encore d’actualité ?
Le ghetto noir n’a cessé d’attirer l’attention des chercheurs et de la société américaine. Revenant sur le parcours intellectuel de plusieurs de ses penseurs, l’ethnographe Mitchell Duneier saisit la sédimentation de ses significations. Une entreprise d’histoire intellectuelle, politique et sociale.
D. Miller défend une position tranchée en matière d’immigration : les États ont le droit de fermer leurs frontières, mais aussi, dans une certaine mesure, le devoir d’accueillir les réfugiés. Ses arguments cependant peinent à convaincre.
Comment lire et mesurer les opinions politiques exprimées sur les réseaux sociaux ? Le politiste Julien Boyadjian tente de répondre en dressant le profil sociologique des « twittos politiques ».
Dumping juridique généralisé, droits de propriété monstrueux : échappant largement au droit, les entreprises ont su le détourner à leur profit, explique le juriste J.-P. Robé, qui plaide pour la réglementation juridique de ces formes inédites du pouvoir privé. Mais la mondialisation le permet-elle ?
Gregory Mann retrace l’histoire de l’État au Sahel, entre imaginaire précolonial, structures coloniales et conflits postcoloniaux. À force de déléguer ses responsabilités à des organismes internationaux et à des ONG, celui-ci aurait hypothéqué sa souveraineté.
Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser a suscité en France de vives discussions. Que peut-on en tirer pour une réflexion sur les méthodes en sciences sociales et les termes du débat scientifique ?
Dans un recueil d’articles mêlant analyse et féminisme, l’historienne américaine Abigail Solomon-Godeau critique l’esthétisme du discours muséal, et les canons photographiques qu’il impose aux artistes.
Nos frontières sont-elles démocratiques ? Il n’y a pas de démocratie sans demos, et celui-ci suppose des limites clairement définies. Mais elle est aussi un mouvement d’extension des droits qui milite pour la reconnaissance d’un droit de cité aux étrangers.
Dans un ouvrage documenté et limpide, Robert J. Gordon retrace le progrès économique aux États-Unis depuis 1870. La croissance soutenue de la productivité et du niveau de vie semble s’être épuisée depuis 1970 : la révolution numérique pourrait à cet égard n’être que mirage.
Les transformations de la société allemande et de l’Europe se lisent à même les rues de Berlin. Champ de ruines en 1945, c’est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées d’Europe. Un petit ouvrage revient sur ce qui fait d’elle une capitale d’exception.
À partir d’un « événement infime », l’exécution de deux traîtres de la vallée d’Aoste en 1943, Sergio Luzzatto livre une vaste fresque d’histoire et de mémoire de la Résistance, sur fond de chasse aux Juifs, de délation, et de guerre civile.
Nicolas Sarkozy avait placé en 2007 l’identité nationale au cœur de sa campagne. Mais l’idée est apparue beaucoup plus tôt dans le discours politique : dans les années 1980, le gouvernement socialiste en avait fait le pivot de sa politique culturelle.