On parle souvent au nom du peuple, sans savoir ce que le terme, très équivoque, signifie. Selon Gérard Bras, il faut considérer qu’un peuple n’existe que lorsqu’il se déclare, dans un acte toujours révolutionnaire.
Daniel Cohen aborde avec une inquiétude rarement perceptible chez les économistes les mutations de notre monde globalisé. L’avènement de l’homo digitalis, les réseaux sociaux, la robotisation des économies appellent à chercher les voies d’une maîtrise collective des bouleversements à l’œuvre.
“Le Verfügbar aux enfers” est une œuvre lyrique écrite par Germaine Tillion à Ravensbrück en 1944. L’œuvre ne fut jamais représentée dans le camp, mais les détenues fredonnaient des airs pendant les appels – comme si chanter et rire, c’était résister.
Fabien Truong aborde les engagements religieux en se concentrant sur « l’islam d’en bas » et les bricolages qui le caractérisent à l’ombre (et à distance) des trajectoires de radicalisation. Il fait en cela le pari d’éclairer l’extraordinaire par l’ordinaire.
Que faire face à la lente montée du racisme et à l’enracinement de l’extrême droite ? Le fascisme est re-devenu possible en France, affirme le sociologue Ugo Palheta. Face à une crise protéiforme de l’État, il faut nommer le mal si l’on veut le combattre.
En dépit de son omniprésence dans la culture et les médias français, la gastronomie a longtemps été perçue comme un objet d’étude mineur. La sociologue Sidonie Naulin renverse la vapeur avec cette analyse du journalisme gastronomique, pilier, moteur et prescripteur du paysage culinaire français.
Transfuges, transclasses… ? La parution d’un ouvrage interdisciplinaire révèle la difficulté à stabiliser un vocabulaire consensuel pour décrire et penser ce qui se joue dans le passage d’une classe sociale à une autre.
À l’époque moderne, le Pacifique relie tous les continents et connecte les nouveaux empires planétaires entre eux. Partant des Philippines, deux ouvrages nous embarquent sur cet Océan à la rencontre des acteurs d’une première mondialisation.
Entre les années 1910 et 1930, les avant-gardes allemandes se sont attelées à inventer une “religion de l’art”, aux formes variées. Il s’agissait d’inscrire l’art, selon l’historienne de l’art Maria Stavrinaki, dans l’espace social privé de centre qu’est la démocratie moderne.
Être étiqueté « schizophrène » équivalait au XXe siècle à une condamnation à vie. Une étude fondée sur les dossiers des patients montre que les schizophrènes ont souffert de leur maladie, mais aussi des préjugés idéologiques et de l’obsession classificatoire de leur époque.
Producteur de déchets toujours plus nombreux, l’homme moderne n’a plus avec eux le même rapport. Que révèlent ces déchets que l’on tente de cacher ou d’éloigner de nos sociétés ? Maîtrisons-nous les déchets que nous tentons de gérer ou nous échappent-ils ?
Tout judaïsme serait-il crypté, secret, apocryphe ? À partir d’un vaste corpus d’œuvres littéraires, Philippe Zard interroge la culture et l’identité juives en accordant une place centrale au doute et à la critique. Il montre aussi comment le message juif rappelle aux devoirs d’une hospitalité mémorielle.
Après la démonstration, par F. Héran, de l’inconsistance scientifique des échafaudages de Stephen Smith autour des migrations africaines, J. Brachet met en évidence ce qui se joue réellement dans son livre partout célébré : l’appel ouvert à des politiques xénophobes et racistes.
Notre époque se caractérise indéniablement par une nouvelle pensée de l’animal, qu’E. Bimbenet nomme « zoocentrisme ». Il n’est pourtant pas sûr que nier la différence entre l’homme et l’animal soit la meilleure manière de protéger celui-ci. Cette recension est suivie d’une réponse de l’auteur.
Dans un dialogue avec sa fille, Giacomo Corneo pense les alternatives au capitalisme actuel à la recherche d’un meilleur système. Les solutions proposées – fond public d’investissement, « socialisme d’actionnaire », etc. – pèchent par leur modestie et leur foi inébranlée en les marchés financiers.
Comment penser nos responsabilités face aux crimes du passé dont les conséquences continuent de peser sur les conditions d’existence des victimes ou de leurs descendants ? Un premier pas, pour la philosophe Catherine Lu, serait d’admettre et de théoriser les racines coloniales de l’ordre mondial.
Faut-il craindre la décentralisation ? En comparant les politiques régionales d’éducation en France et en Allemagne, Claire Dupuy montre que les régions cultivent, mieux que l’État, l’idéal d’égalité.
C’est l’histoire du vrai Ruy Blas, celle du grand financier disgracié pour ses malversations Rodrigo Jurado y Moya. S. Malaprade révèle les dessous socio-politiques des scandales financiers dans l’Espagne du Siècle d’Or, où l’enrichissement des uns menace les hiérarchies traditionnelles.
La transformation du monde passe par la transformation de soi. L’éthique de la considération, selon C. Pelluchon, doit nous permettre de relever les défis écologiques et sociaux auxquels nous sommes confrontés, afin qu’à nouveau nous puissions vivre avec les autres êtres, quels qu’ils soient.
Les photographes de Provoke, éphémère revue qui secoua la scène artistique japonaise en 1968, souhaitaient « provoquer la pensée » et dénoncer la violence d’État. Leur art photo-politique réussit à définir une communauté combattante.
Chine, Inde, Brésil... Les « pays émergents » prennent une place toujours croissante sur la scène mondiale. Analysant leurs trajectoires, J. Ruet précise ce qui distingue et caractérise aujourd’hui ces puissances et la position cruciale qu’elles occupent dans l’économie mondialisée.
Une épopée de la révolution russe dont les personnages principaux sont les habitants de la Maison du gouvernement à Moscou, telle est la somme passionnante que nous donne à lire l’historien américain Yuri Slezkine. Sa conception du socialisme comme un millénarisme reste toutefois très discutable.
Conçu pour offrir une « nouvelle histoire de l’Europe », le livre collectif dirigé par Denis Crouzet déçoit. Comment sélectionne-t-on les historiens de l’Europe ? L’Europe est-elle vraiment la « métaphore de l’histoire » ? Comment éviter que les historiens n’interprètent leur propre parcours ?
Explorant le monde très fermé des gestionnaires de fortune, B. Harrington plonge au cœur de la globalisation du capital. Piliers de la complexe architecture financière internationale, ils protègent, font croître et circuler le capital des plus riches en contournant les régulations étatiques.
Depuis l’ouvrage de Sigmund Freud, le rêve a longtemps été considéré comme le monopole de la psychanalyse. Le sociologue Bernard Lahire le théorise comme un objet éminemment social. Compte rendu suivi d’une réponse de l’auteur.
Une enquête sociologique sur les verriers de Givors expose la difficulté à faire reconnaître les maladies professionnelles. Ce n’est qu’au prix d’une lutte juridique acharnée et de collaborations entre ouvriers et scientifiques que la vérité a pu être rendue publique.
Les Cathares ont-ils vraiment existé ? Grand spécialiste de l’histoire des hérésies, Robert Moore livre une magistrale synthèse montrant comment la chasse aux hérétiques a joué un rôle décisif dans la genèse des États.
Dans ce portrait intellectuel de l’enfant terrible de l’École de Francfort, S. Müller-Doohm nous découvre un infatigable polémiste, dont les prises de position ont marqué le dernier demi-siècle. C’est aussi l’histoire allemande d’après-guerre que cette première biographie nous donne à parcourir.
Une nouvelle anthologie rassemble les textes majeurs de la « théorie critique de la race » développée aux États-Unis depuis près de 40 ans. Où l’on comprend, entre autres, le rôle décisif joué par le discours et la pratique juridiques dans la construction sociale, historique et culturelle de la race.
L’histoire contrefactuelle s’écrit avec des si. Et si les Alliés avaient perdu la Seconde Guerre mondiale ? Et s’il n’y avait pas eu de traite atlantique ? Deux historiens français analysent les vertus de connaissance de cet usage du passé, depuis longtemps appréciées du monde anglo-américain.
Quels ouvrages les lecteurs du siècle des Lumières appréciaient-ils ? Certains de ceux qu’ils condamnaient pour des raisons esthétiques ou morales méritent-ils d’être redécouverts ? Que doit notre goût littéraire aux classiques ? Autant de questions qu’aborde cet essai séduisant, mais inabouti, récemment traduit en français.
Investissement socialement responsable, obligations vertes, agences de notation extra-financières : depuis quelques années, la « finance climat » se développe. Sans implication des États, ses outils suffiront-ils à financer la transition vers une économie mondiale neutre en carbone ?
Voilà plus d’un millénaire qu’hommes et femmes portent le voile dans nos contrées. Nicole Pellegrin montre que, loin de toujours répondre à des préceptes religieux ou moraux, le voile dit aussi les expériences esthétiques d’un Occident avide de transparence.
Qu’est-ce qui justifie qu’on décide à la majorité en démocratie ? Peut-on considérer qu’elle a raison et que la minorité a tort ? D. Mineur réfléchit aux fondements philosophiques d’une règle devenue, dans nos sociétés, si évidente.
Comment le lecteur est-il constitué et construit par le texte philosophique ? Telle est la question que pose André Pessel à l’œuvre spinoziste, qui s’efforce d’intégrer son lecteur, non seulement à sa pensée, mais plus foncièrement à Dieu, c’est-à-dire à la Nature.
Le temps a toujours occupé une place centrale dans l’étude des religions. En prenant comme objet d’analyse le bouddhisme chan contemporain, Ji Zhe propose une réflexion sur l’interaction entre la religion et la modernité, et prend position en faveur d’un temporalisme sociologique.
Entre 1865 et 1931, les économistes s’interrogent déjà sur le charbon et sur l’exploitation des énergies « épuisables ». Leurs analyses permettent-elles d’éclairer la crise environnementale actuelle ?
Qu’advient-il du sujet lorsqu’il se définit par sa soumission au règne de la marchandise ? À partir des formes individuelles du narcissisme, Anselm Jappe poursuit ses réflexions sur la crise du capitalisme et met en évidence les mécanismes d’autodestruction du monde contemporain.
Relativement méconnus du grand public, les patrons chrétiens s’organisent pourtant depuis près d’un siècle pour intervenir dans les débats économiques et sociaux sur l’entreprise. Leurs rapports ambivalents avec l’Église et les autres organisations patronales limitent toutefois leur influence.
L’Empire ottoman a, pendant près de 7 siècles, constitué un ensemble à la fois uni et divers. Ce nouveau Dictionnaire de l’Empire ottoman permet d’en prendre la mesure et montre la vitalité des études qui lui sont consacrées.